La chanterelle en tube fait partie de ces champignons que j’aime retrouver lorsque la saison touche à sa fin. En Lorraine, je connais deux ou trois coins particulièrement fidèles, qui me permettent de prolonger mes récoltes alors que beaucoup d’autres espèces se font plus rares.
Pendant la grande saison des champignons, je me concentre généralement sur les cèpes. Ce n’est que lorsque leurs poussées commencent à ralentir que je retourne vers mes coins à chanterelles en tube. C’est un champignon que j’apprécie autant pour la régularité de mes récoltes que pour ses qualités en cuisine.
Description
Chapeau : De 2 à 6 cm de diamètre, d’abord convexe avec une dépression centrale, puis progressivement creusé en entonnoir, souvent percé au centre et communiquant avec l’intérieur du pied. Sa marge, initialement enroulée, devient ondulée, sinueuse et parfois lobée avec l’âge. Sa couleur varie du brun jaunâtre au brun grisâtre ou brun foncé, parfois avec des nuances olivâtres. La surface est finement fibrilleuse à légèrement écailleuse, parfois un peu luisante par temps humide. Le bord est souvent plus clair que le centre.
Plis : Absence de véritables lames. La face inférieure présente des plis épais, espacés, souvent fourchus et reliés entre eux par de petites veines transversales. Ils sont nettement décurrents, descendant sur la partie supérieure du pied. Initialement jaunâtres à jaune grisâtre, ils prennent progressivement des teintes grises, gris brunâtre ou parfois légèrement violacées à maturité. Leur relief devient généralement plus marqué avec le développement du champignon.
Anneau : Absent.
Pied : De 3 à 8 cm de hauteur et de 0,3 à 0,8 cm d’épaisseur, long, mince et souvent courbé. Généralement cylindrique, il peut être comprimé ou parcouru de sillons longitudinaux et s’amincit parfois vers la base. Sa couleur varie du jaune vif au jaune orangé chez les jeunes exemplaires, devenant souvent jaune ochracé ou brun jaunâtre avec l’âge. Sa surface est lisse, parfois légèrement cireuse, sans réseau ni écailles. Le pied est généralement creux à maturité, sa cavité communiquant souvent avec l’ouverture centrale du chapeau. La base peut présenter un mycélium blanchâtre.
Chair : Très mince dans le chapeau, souple, légèrement élastique et plus fibreuse dans le pied. Elle est crème à jaunâtre pâle, parfois brunâtre sous la surface du chapeau. Aucune réaction colorée caractéristique à la coupe n’est suffisamment établie.
Odeur : Faible, parfois légèrement fruitée ou terreuse, mais généralement peu distinctive.
Sporée : Blanche à crème pâle, parfois très légèrement jaunâtre. Les spores sont largement elliptiques à ovales, lisses et incolores au microscope.
Période de cueillette : Principalement de septembre à décembre en France, selon les régions.
Biotopes : Pousse au sol dans les forêts de conifères et de feuillus. C’est un champignon mycorhizien, vivant en association avec les racines des arbres.
Confusions : La chanterelle jaunissante (Craterellus lutescens) possède une face inférieure presque lisse, généralement plus orangée, et un pied souvent plus vivement coloré. La chanterelle sinueuse (Craterellus sinuosus) présente des teintes plus grisâtres, un pied dépourvu de jaune vif et des plis beaucoup moins développés. La léotie lubrique (Leotia lubrica) possède une consistance gélatineuse et une face inférieure sans plis.
Famille : Hydnaceae (Hydnacées).
Nom scientifique : Craterellus tubaeformis (Fr.) Quél. Anciennement Cantharellus tubaeformis Fr.
Où trouver la chanterelle en tube ?
La chanterelle en tube (Craterellus tubaeformis) affectionne particulièrement les forêts fraîches et humides, riches en mousses, où elle peut former des groupes impressionnants. Elle se rencontre principalement dans les bois de conifères et les forêts mixtes, mais pousse également sous les feuillus, notamment dans les hêtraies.
Les épicéas (Picea abies) et les pins sylvestres (Pinus sylvestris) figurent parmi les arbres auxquels elle est associée. En Europe, elle est particulièrement fréquente dans les pessières, ces forêts dominées par les épicéas, mais peut aussi se développer sous les hêtres. Elle apprécie généralement les sols acides, pauvres en éléments nutritifs et conservant une bonne humidité.
En Lorraine, mes coins les plus réguliers se trouvent sous les conifères. J’en rencontre également de temps en temps dans les forêts de feuillus, mais plutôt au hasard de mes recherches d’autres champignons. Je n’y connais pas de secteurs aussi fidèles que sous les résineux.
Les tapis de mousses constituent l’un de ses habitats les plus caractéristiques. Elle apparaît également parmi les aiguilles de conifères, les feuilles mortes, les fougères ou à proximité de vieilles souches. Les lisières forestières et les talus ombragés peuvent aussi accueillir ses fructifications lorsque le sol reste suffisamment frais.
Une particularité intéressante est sa présence fréquente sur du bois très décomposé, parfois presque entièrement intégré au sol forestier. Cette observation ne signifie pas nécessairement qu’elle se nourrit du bois : sa capacité à vivre indépendamment des arbres, comme un véritable champignon saprophyte, n’est pas démontrée.
La chanterelle en tube se rencontre aussi bien en plaine qu’en montagne, dans les régions où les conditions forestières lui conviennent. Elle pousse souvent en troupes serrées, parfois sur plusieurs mètres carrés. Ses petits chapeaux brunâtres se confondent facilement avec les feuilles mortes, tandis que ses pieds jaunâtres restent dissimulés dans la végétation.
Une étude menée dans 64 parcelles forestières de l’Oregon, aux États-Unis, a montré que 88 % des fructifications observées se développaient sur du bois très décomposé, alors que celui-ci ne couvrait que 3 à 26 % de la surface du sol. Les chercheurs ont également confirmé des associations mycorhiziennes avec plusieurs conifères. Ces résultats concernent des populations nord-américaines, génétiquement distinctes des populations européennes étudiées à l’époque, et ne démontrent pas une capacité saprophyte. [1]
Quand pousse la chanterelle en tube ?
En France, la chanterelle en tube pousse principalement de septembre à décembre, avec une période généralement favorable en octobre et novembre. C’est l’un des champignons qui prolongent la saison des récoltes lorsque les girolles et de nombreux bolets deviennent plus rares.
Sa saison varie selon les régions et les conditions climatiques. Des fructifications peuvent apparaître dès la fin de l’été dans certains massifs frais et humides, notamment en montagne. À l’inverse, dans les régions bénéficiant d’automnes doux, les récoltes peuvent se prolonger jusqu’en janvier, voire exceptionnellement en février.
Les pluies régulières et l’humidité du sol favorisent ses fructifications. Les mousses et les litières forestières contribuent à conserver cette humidité, notamment sous les conifères. Une longue période de sécheresse peut freiner les poussées, tandis que le retour de conditions humides et fraîches peut permettre de nouvelles apparitions.
La chanterelle en tube présente également une bonne résistance aux premiers froids automnaux. Ses fructifications peuvent persister après de faibles gelées et demeurer visibles jusqu’à l’arrivée de conditions hivernales plus rigoureuses. Cette résistance explique en partie sa réputation de champignon de fin de saison, sans pour autant garantir des récoltes pendant tout l’hiver.
Les poussées peuvent se succéder lorsque les conditions restent favorables, mais leur calendrier est variable. Il n’existe pas de délai universel entre une pluie et l’apparition des chanterelles en tube : l’humidité déjà présente dans le sol, les températures et l’état du mycélium influencent leur développement.
Une étude publiée en 2024 a utilisé 3 057 observations datées de chanterelles en tube pour étudier les périodes favorables à leur apparition. Les modèles établis pour l’Europe en 2021 indiquaient des conditions propices dès la mi-juillet dans les Alpes, vers la mi-septembre dans une grande partie de l’Europe du Nord et de l’Est, puis plus tard dans les régions méridionales. Ces résultats décrivent des probabilités calculées à partir des observations et des conditions météorologiques, et non des dates de récolte garanties. [2]
Comestibilité
Classement : Bon comestible.
Personnellement, je trouve la chanterelle en tube excellente. J’apprécie particulièrement sa texture, qu’elle conserve bien après cuisson, malgré une chair plus mince que celle de la girolle. Sa saveur délicate et légèrement fruitée en fait un champignon très agréable à cuisiner.
Elle se prête bien aux préparations à la poêle, aux omelettes et aux sauces. Un autre de ses grands avantages est sa facilité de séchage. J’aime en conserver une partie pour en ajouter à mes bouillons de légumes, auxquels elle apporte une saveur particulièrement agréable.
Une vigilance particulière concerne le cortinaire très joli (Cortinarius rubellus), champignon mortel qui peut pousser dans les mêmes forêts, parfois au milieu de groupes de chanterelles en tube. Il possède de véritables lames, contrairement aux plis caractéristiques des chanterelles. La récolte de groupes abondants exige donc de vérifier individuellement les champignons pour éviter d’introduire accidentellement une espèce toxique dans le panier.
Valeur nutritionnelle
La chanterelle en tube est un aliment peu calorique, contenant de petites quantités de protéines et de lipides. Elle présente un intérêt nutritionnel particulier grâce à sa teneur en vitamine D, relativement élevée pour un aliment d’origine non animale.
| Nutriment | Quantité pour 100 g |
|---|---|
| Énergie | 24 kcal |
| Protéines | 2,2 g |
| Lipides | 0,8 g |
| Glucides assimilables | 0,4 g |
| Dont sucres | 0,2 g |
| Fibres alimentaires | Non mesurées spécifiquement |
| Vitamine D | 15,4 µg |
| Vitamine B2 | 0,26 mg |
| Vitamine B9 (folates) | 11 µg |
Source : Fineli — Institut finlandais de la santé et du bien-être (THL), fiche n° 34240, « Suppilovahvero — Cantharellus tubaeformis ». Valeurs pour 100 g de partie comestible fraîche, non préparée. Certaines données sont calculées à partir des analyses ; les fibres n’ont pas été mesurées spécifiquement pour cette espèce.
⚠️ Identification et précautions de consommation
L’identification d’un champignon sauvage doit reposer sur plusieurs critères concordants. Les descriptions et photographies de ce site ne suffisent pas à la garantir. En cas de doute, ne consommez pas votre récolte et faites-la vérifier par une personne compétente en mycologie.
Consommez uniquement des espèces comestibles identifiées avec certitude, bien cuites et en quantité raisonnable. Conservez-les au réfrigérateur à 4 °C maximum, séparées des autres aliments, et consommez-les dans les deux jours suivant la cueillette.
Évitez les bords de routes, les décharges et les sites industriels pollués : les champignons peuvent accumuler les polluants présents dans leur environnement.
Découvrez les principales chanterelles comestibles.
Crédits photographiques
Photo 1 — Image mise en avant, groupe de chanterelles en tube : © Piotr Lukasik — iNaturalist.
Licence : CC BY 4.0.
Photo 2 — Dessous du chapeau et plis fourchus : Håkan Sagvik — iNaturalist.
Licence : CC0 1.0.
Photo 3 — Groupe de chanterelles en tube en forêt : © Piotr Lukasik — iNaturalist.
Licence : CC BY 4.0.
Références scientifiques
[1] Trappe M. J. (2004).
Habitat and host associations of Craterellus tubaeformis in northwestern Oregon.
Mycologia, 96(3), 498–509.
[2] Capinha C., Ceia-Hasse A., de-Miguel S., Vila-Viçosa C., Porto M., Jarić I., Tiago P., Fernández N., Valdez J., McCallum I. et Pereira H. M. (2024).
Using citizen science data for predicting the timing of ecological phenomena across regions.
BioScience, 74(6), 383–392.

