La trompette de la mort est un petit champignon qui peut pourtant offrir des récoltes impressionnantes. Lorsqu’on connaît un ou deux bons coins, on peut y retrouver chaque année de belles poussées et remplir rapidement son panier, parfois avec plusieurs kilos de champignons. C’est justement cette fidélité aux mêmes endroits que j’apprécie particulièrement chez elle.
Mais ces cueillettes abondantes ont aussi leur revers ! À force de me pencher pour ramasser toutes ces petites trompettes, le mal de dos n’est jamais bien loin. Heureusement, c’est un champignon que je trouve délicieux et qui présente un autre grand avantage : il se sèche très facilement.
Description
Chapeau : De 2 à 8 cm de diamètre, d’abord étroit et tubulaire, puis s’élargissant progressivement en entonnoir profond, ouvert jusqu’à la base du pied, formant une véritable trompette. Sa marge, initialement enroulée, devient ondulée, irrégulière et parfois fendue ou lobée avec l’âge. La face interne varie du brun grisâtre au gris foncé, presque noir, et peut pâlir en séchant. Sa surface est mate, finement rugueuse ou écailleuse, parfois marquée de petites rides rayonnantes.
Plis : Absence de véritables lames et de plis nettement développés. La face externe fertile est presque lisse, parfois parcourue de fines rides longitudinales ou de veines irrégulières, peu saillantes et descendant vers le pied. D’abord gris foncé à gris brunâtre, elle devient souvent gris cendré, plus claire que l’intérieur du chapeau. À maturité, une fine pruine blanchâtre, liée à la production des spores, peut recouvrir sa surface.
Anneau : Absent.
Pied : Peu distinct du chapeau, dont il constitue le prolongement rétréci. L’ensemble du champignon mesure généralement de 4 à 10 cm de hauteur. Le pied est entièrement creux, jusqu’à la base, formant un tube continu avec l’intérieur du chapeau. Gris brunâtre à noirâtre, il est généralement plus étroit vers sa base, parfois légèrement courbé. Sa surface est mate, lisse à finement ridée longitudinalement, sans réseau ni écailles.
Chair : Très mince, peu charnue, souple à légèrement fibreuse, grisâtre à noirâtre. Elle peut devenir relativement fragile en séchant. Aucun changement de couleur caractéristique à la coupe n’est suffisamment établi dans les descriptions consultées.
Odeur : Faible à agréablement fruitée, parfois légèrement douce et parfumée, mais peu distinctive. Elle peut être difficile à percevoir sur un exemplaire isolé.
Sporée : Blanche à crème très pâle. Les spores sont largement elliptiques, lisses et incolores au microscope.
Période de cueillette : Principalement de septembre à décembre en France.
Biotopes : Pousse au sol, principalement dans les forêts de feuillus, plus rarement sous les conifères. C’est un champignon mycorhizien, vivant en association avec les racines des arbres.
Confusions : La chanterelle cendrée (Craterellus cinereus) possède des plis nettement plus développés sur sa face inférieure, contrairement à la surface presque lisse de la trompette de la mort. La chanterelle sinueuse (Craterellus sinuosus) est généralement plus petite, avec un chapeau moins profondément creusé et une marge très ondulée. La chanterelle en tube (Craterellus tubaeformis) présente un pied jaunâtre et des plis bien marqués.
Famille : Hydnaceae (Hydnacées).
Nom scientifique : Craterellus cornucopioides (L.) Pers.
Où trouver la trompette de la mort ?
La trompette de la mort (Craterellus cornucopioides) se rencontre principalement dans les forêts de feuillus, notamment sous les hêtres et les chênes. Elle pousse également dans les boisements de charmes, de châtaigniers et de noisetiers. Plus rarement, elle peut apparaître dans les forêts mixtes ou sous certains conifères.
Elle apprécie les sous-bois où le sol conserve une certaine fraîcheur, particulièrement parmi les feuilles mortes et les mousses. Les terrains légèrement en pente, les petits creux et les zones où l’humidité se maintient peuvent lui convenir. Elle est observée aussi bien sur des sols acides que calcaires, sans qu’un type de terrain garantisse sa présence.
Sa croissance en groupes parfois très nombreux constitue l’une de ses particularités. Les trompettes peuvent former des troupes serrées, occupant de petites surfaces ou s’étendant sur plusieurs mètres carrés. Certains exemplaires sont réunis à leur base. Leur couleur sombre les rend particulièrement difficiles à distinguer parmi les feuilles mortes, au point que des groupes entiers peuvent passer inaperçus.
La trompette de la mort peut réapparaître plusieurs années dans les mêmes secteurs forestiers. Cette régularité s’explique notamment par la persistance du mycélium dans le sol, même lorsqu’aucun champignon n’est visible. Les fructifications restent néanmoins variables selon les années et les conditions locales.
Une étude menée en Slovaquie a comparé deux hêtraies des Carpates occidentales : une jeune forêt de 28 ans et une hêtraie mature de 115 ans. Les chercheurs ont recensé 87 trompettes de la mort dans la forêt mature, contre seulement 7 dans la jeune hêtraie. Cette différence montre que l’espèce peut être beaucoup plus abondante dans certains peuplements âgés, sans signifier que toutes les vieilles hêtraies sont systématiquement plus productives. [1]
Quand pousse la trompette de la mort ?
En France, la trompette de la mort pousse principalement de septembre à novembre, avec des apparitions possibles dès le mois d’août et des récoltes pouvant se prolonger jusqu’en décembre. Dans certaines régions méridionales au climat doux, elle peut même être rencontrée plus tardivement.
Sa période de fructification varie selon les régions, l’altitude et les conditions météorologiques. Les premières apparitions peuvent être décalées entre les forêts de plaine et de montagne, selon les conditions de chaque année. Dans les régions bénéficiant d’automnes doux, les récoltes peuvent se prolonger plus tardivement.
Les précipitations automnales jouent un rôle important, particulièrement lorsqu’elles entretiennent une humidité régulière dans le sol. Une période de sécheresse peut limiter les fructifications, même pendant les mois habituellement favorables. À l’inverse, le retour des pluies peut permettre de nouvelles poussées si les autres conditions sont réunies.
Les trompettes peuvent apparaître en groupes abondants lors d’une même poussée, puis devenir beaucoup plus rares pendant plusieurs semaines. Certaines années offrent des récoltes importantes, tandis que d’autres peuvent être décevantes malgré la présence du champignon dans les mêmes secteurs forestiers.
Leur développement dépend d’un ensemble de facteurs, notamment de l’humidité du sol et des températures. Il n’existe pas de délai universel après une pluie permettant de prévoir leur apparition avec certitude.
Une étude suisse publiée en 2024 a rapproché 29 années de comptages de champignons de la production de faînes des hêtres. Les années où les hêtres produisaient beaucoup de graines étaient associées à une diminution moyenne de 55 % des fructifications pour l’ensemble des champignons suivis. La trompette de la mort figurait parmi les espèces présentant une association négative significative avec cette production de graines. Ce résultat apporte une piste pour comprendre l’irrégularité des récoltes, sans établir que les faînes provoquent directement leur diminution. [2]
Comestibilité
Classement : Excellent comestible.
Personnellement, je trouve la trompette de la mort excellente. Malgré son nom peu engageant et sa couleur sombre, elle possède une saveur délicate et un parfum agréable qui se développe particulièrement bien à la cuisson. Sa chair mince et souple en fait un champignon que j’apprécie beaucoup en cuisine.
Elle accompagne très bien les sauces, les viandes, les omelettes et les préparations à base de riz. Sa texture souple et légèrement fibreuse apporte également un caractère intéressant aux plats mijotés.
Le séchage constitue l’un de ses grands avantages. Sa chair très fine sèche facilement et ses arômes deviennent particulièrement prononcés une fois déshydratée. Les trompettes séchées peuvent ensuite être réhydratées ou réduites en poudre pour parfumer des sauces, des soupes et diverses préparations.
Le nettoyage est probablement ce que je lui reproche le plus. Sa forme en corne dissimule parfois des limaces et d’autres petits insectes, ce qui peut rendre la préparation assez fastidieuse après une grosse récolte. Fendre les trompettes dans leur longueur permet de vérifier plus facilement leur intérieur et de retirer les éventuels occupants.
Valeur nutritionnelle
La trompette de la mort présente un profil nutritionnel intéressant, notamment par sa richesse en fibres, en potassium et en zinc. Une fois séchée, elle contient également une quantité appréciable de protéines. Ces teneurs sont particulièrement concentrées en raison de la perte d’eau lors du séchage. Le tableau suivant présente sa composition pour 100 g de champignons séchés:
| Nutriment | Quantité pour 100 g |
|---|---|
| Énergie | 289 kcal |
| Protéines | 17 g |
| Lipides | 11,2 g |
| Glucides assimilables | 12 g |
| Dont sucres | 12 g |
| Fibres alimentaires | 38 g |
| Potassium | 4 650 mg |
| Zinc | 9,6 mg |
| Fer | 2,9 mg |
Source : Fineli — Institut finlandais de la santé et du bien-être (THL), fiche n° 35608, « Mustatorvisieni, kuivattu — Craterellus cornucopioides ».
⚠️ Identification et précautions de consommation
L’identification d’un champignon sauvage doit reposer sur plusieurs critères concordants. Les descriptions et photographies de ce site ne suffisent pas à la garantir. En cas de doute, ne consommez pas votre récolte et faites-la vérifier par une personne compétente en mycologie.
Consommez uniquement des espèces comestibles identifiées avec certitude, bien cuites et en quantité raisonnable. Conservez-les au réfrigérateur à 4 °C maximum, séparées des autres aliments, et consommez-les dans les deux jours suivant la cueillette.
Évitez les bords de routes, les décharges et les sites industriels pollués : les champignons peuvent accumuler les polluants présents dans leur environnement.
Découvrez les principales chanterelles comestibles.
Crédits photographiques
Photo 1 — Groupe de trompettes de la mort : Lucian Clanet — iNaturalist.
Licence : CC BY 4.0.
Photo 2 — Surface fertile presque lisse : Eleftherios Katsillis — iNaturalist.
Licence : CC BY 4.0.
Photo 3 — Trompettes de la mort parmi les feuilles mortes : Manuela Fiorini — iNaturalist.
Licence : CC BY 4.0.
Références scientifiques
[1] Luptáková E., Parák M. et Mihál I. (2018).
Structure of fungal communities (Ascomycota, Basidiomycota) in Western Carpathian submontane forest stands under different managements.
Mycosphere, 9(6), 1053–1072.
[2] Michaud T. J., Pearse I. S., Kauserud H., Andrew C. J. et Kennedy P. G. (2024).
Mast seeding in European beech (Fagus sylvatica L.) is associated with reduced fungal sporocarp production and community diversity.
Ecology Letters, 27(6), e14460.


2 Commentaires
Bonjour. Votre site est vraiment magnifique, un grand bravo à vous.
Savez vous si la trompette de la mort est symbiotique ?
Auteur
Oui c’est un champignon mycorhizien.